July 1, 2026

Stéphanie Nyangono

Un parcours entre apprentissage et remise en question

Stéphanie entre d’abord dans une école d’art avec l’idée de devenir décoratrice, un choix encouragé par ses parents. Mais au fil de son parcours, elle comprend que son lien avec l’art est plus profond.

Elle reconnaît pourtant une difficulté importante : malgré ses années de formation, elle ne se considère pas comme une personne qui sait dessiner. Mais au lieu de voir cela comme une limite, elle en fait une force.

« J’ai dû réaliser que je ne savais pas toujours dessiner, malgré toutes les années passées dans ces instituts. »

Pour elle, créer ne commence pas forcément par un dessin parfait. Une œuvre peut naître d’une émotion, d’une image, d’un mot ou d’un ressenti.

« Une œuvre peut commencer par une émotion, une image ou un mot. »

L’art comme refuge et langage intérieur

Dans son processus créatif, Stéphanie accorde une grande place aux émotions. Chaque œuvre est liée à ce qu’elle ressent, à ce qu’elle observe et à ce qu’elle cherche à exprimer.

« Tout dépend de ce que je veux représenter, tout dépend aussi de mes émotions. »

Son travail est aussi profondément lié à la santé mentale. Elle confie avoir traversé une période sombre, marquée par la dépression. Son enfance, vécue sans la présence de ses parents, a laissé en elle un manque, notamment celui de son père.

« À cause de cette absence paternelle, j’avais ce qu’on appelle une dépendance affective. »

Cette blessure l’a menée vers une grande fragilité émotionnelle, mais l’art lui a permis de transformer cette douleur en création. Pour elle, chaque œuvre devient une manière de libérer quelque chose.

« Chaque fois que je produis une œuvre, je verse un sentiment. »

Parler de santé mentale à travers l’art

Stéphanie estime que la santé mentale reste encore trop négligée au Cameroun et en Afrique. Selon elle, beaucoup de personnes minimisent la souffrance intérieure, en répétant simplement que “tout va bien”, même lorsque ce n’est pas le cas.

« La santé mentale au Cameroun ou en Afrique est négligée. »

À travers son art, elle veut représenter ce que les gens essaient souvent de cacher : les blessures, les émotions, les silences et les combats intérieurs.

« J’utilise mon art pour représenter ce qu’on essaie de cacher. »

Pour elle, l’art devient alors un langage universel, capable de toucher les personnes au-delà des mots.

Une carrière construite uniquement autour de l’art

Stéphanie affirme n’avoir jamais travaillé dans un autre domaine. Toute sa vie professionnelle est tournée vers la création artistique.

« Je ne fais rien d’autre. Je n’ai jamais travaillé dans ma vie, sauf dans l’art. »

Cette fidélité à sa passion lui a permis de voyager, d’exposer ses œuvres et d’être fière du chemin parcouru. Même si son style reste encore peu connu ou parfois mal compris, elle continue de croire en sa vision.

Des rêves au-delà des frontières

Stéphanie voit grand. Elle rêve d’exposer dans de grands musées, notamment au Louvre, et de faire découvrir son art à l’international. Elle cite aussi son attachement à certains pays africains, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, où elle aimerait continuer à partager son univers.

« Je me vois exposer au Louvre, dans un grand musée. »

À travers son parcours, Stéphanie Yangon montre que l’art peut naître des blessures, des manques et des émotions les plus profondes. Son travail textile devient un espace de vérité, de guérison et d’expression, où ce qui était caché peut enfin être vu

KRISTEVA FOPA