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AFROKREMA : deux jeunes hommes qui réinventent l’art capillaire africain
Mikelange et Luc Timber sont les visages derrière AFROKREMA, une structure créative qui évolue dans plusieurs secteurs artistiques, notamment la coiffure, la direction artistique, le stylisme et la scénographie. À travers leur travail, ils défendent une vision moderne de l’art capillaire africain, tout en valorisant le patrimoine, la créativité et l’audace.
Avant de devenir une structure reconnue pour ses coiffures imposantes et ses concepts artistiques, AFROKREMA est née dans un univers de mode, de shooting photo et d’expérimentation. Pour Mikelange et Luc Timber, tout commence presque par hasard, lors d’une séance photo où une cliente arrive sans coiffure.

Une coiffure improvisée qui donne naissance à une vision
Ce jour-là, une dame vient faire son shooting photo, mais elle n’a pas prévu de coiffure. Face à cette situation, Mikelange et Luc Timber se regardent et se demandent ce qu’ils peuvent faire sur sa tête. Avec quelques éléments trouvés sur place, ils improvisent une coiffure.
Ce moment devient un déclic. Ils comprennent qu’ils peuvent créer, transformer et donner une identité forte à une image à travers les cheveux. C’est dans cette ambiance de mode et de créativité que naît AFROKREMA.
Le nom lui-même porte leur vision. Krema vient du grec et signifie élite. En y associant Afro, qui renvoie à l’Afrique, ils affirment leur volonté de représenter une élite créative africaine, fière de ses racines et tournée vers l’innovation.
De la mode à l’agence de mannequinat
Avec leur expérience dans le domaine de la mode, Mikelange et Luc Timber décident d’aller plus loin. Ils ouvrent leur propre agence afin d’accompagner des jeunes qui ont le profil idéal pour devenir mannequins.
Au Cameroun, ils le reconnaissent, être mannequin reste difficile. Le secteur manque encore d’accompagnement, de structures adaptées et d’opportunités pour permettre aux jeunes talents de se développer pleinement. C’est pourquoi AFROKREMA choisit de créer ses propres concepts photo avec ses mannequins.
Très vite, les deux créateurs comprennent qu’ils ne sont pas seulement dans la coiffure ou le mannequinat. Ils ont aussi une âme de directeurs artistiques.
« On s’est dit, OK, on a l’âme des directeurs artistiques parce qu’on reflète vraiment ce qu’on aimerait être. »

Prendre le risque d’entreprendre dans la mode
Pour Mikelange, la mode n’est pas un choix par défaut. C’est une évidence. Il affirme avoir toujours su que c’était ce qu’il voulait faire, au point de l’imposer à sa mère.
Mais entreprendre dans la mode reste un pari risqué. Dans un environnement où les métiers artistiques sont parfois mal compris, il faut du courage pour assumer cette voie.
« Entreprendre dans la mode, je me suis dit, c’est un risque, mais je vais prendre le risque. »
Aujourd’hui, ce risque commence à porter ses fruits. Pour Mikelange, voir que cette activité lui permet de vivre est une fierté.
« Je suis fier de voir que ce risque, ça me paye le loyer. »
Une inspiration puisée dans l’histoire africaine
L’univers d’AFROKREMA se nourrit de plusieurs sources. L’inspiration vient des archives, de l’histoire, du patrimoine africain et surtout de la femme africaine. Pour les deux créateurs, les femmes africaines ont profondément marqué l’histoire, et leur élégance continue d’inspirer leurs créations.
À travers leurs coiffures, ils veulent rappeler une richesse culturelle parfois oubliée. Les savoirs transmis par les ancêtres et les grands-parents disparaissent peu à peu, et AFROKREMA cherche à les remettre au goût du jour.
Leur objectif est clair : montrer à la jeune génération qu’il est possible de se sentir belle avec des coiffures africaines.
« C’est important, en tant que jeunes, de montrer à cette génération qu’on peut vraiment se voir belle en ayant des coiffures africaines. »

Des coiffures créatives, authentiques et imposantes
Les coiffures AFROKREMA se distinguent par leur grandeur, leur originalité et leur force visuelle. Elles ne sont pas seulement esthétiques. Elles racontent une histoire, portent une mémoire et proposent une lecture contemporaine de l’art capillaire africain.
Créatives, authentiques et parfois immenses, elles mettent en avant l’élégance de la femme africaine. Pour Mikelange et Luc Timber, chaque coiffure devient une œuvre, une manière de célébrer la beauté noire et le patrimoine africain.
Briser les clichés autour de la coiffure
Dans une société encore très patriarcale, la coiffure est souvent considérée comme une affaire de femmes. Pourtant, AFROKREMA prouve que la créativité n’a pas de genre.
Pour eux, il est important que cette ouverture commence d’abord dans les familles. Les parents doivent comprendre qu’un garçon peut aussi choisir la coiffure, l’aimer, en faire un métier et y réussir.
« On est encore dans une société très patriarcale pour considérer que la coiffure n’est qu’une affaire de femmes. »
Le fait que deux jeunes hommes évoluent dans ce domaine devient alors un message fort. Leur parcours encourage d’autres jeunes à ne pas abandonner leurs rêves à cause des préjugés.
Un message aux jeunes : aller au-delà des obstacles
À travers AFROKREMA, Mikelange et Luc Timber rappellent que la société ne donne pas toujours facilement ce que l’on veut. La famille non plus ne comprend pas toujours les choix artistiques ou professionnels. Mais cela ne doit pas empêcher d’avancer.
Pour eux, il faut croire en son projet, dépasser les blocages et continuer malgré les difficultés.
« Allez au-delà de ça, suivez vos rêves, mais dites-vous que ce qui ne marche pas, ça va marcher. »
Avec AFROKREMA, Mikelange et Luc Timber montrent qu’il est possible de transformer une passion pour la mode, la coiffure et le patrimoine africain en un projet ambitieux. Leur parcours prouve aussi qu’en prenant le risque de créer, on peut ouvrir la voie à une nouvelle génération de talents, plus libre, plus fière de ses racines et plus audacieuse dans ses choix.
MARINA MOUGNOL & CATHERINE NYOKON